HTML 5 et la balise vidéo
Depuis quelques années, la vidéo se développe sur Internet. Si bien qu'on a pris l'habitude de la voir
s'incruster directement dans les pages web. Sauf que jusqu'à maintenant, les méthodes utilisées relevaient
plus du bricolage qu'autre chose. Mais de nouvelles spécifications sont en ce moment à l'étude, parmi lesquelles
on trouve la prise en compte de la vidéo. Petit tour d'horizon sur une évolution qui s'annonce assez houleuse...
Commençons par poser le décor. HTML, le langage qui permet de créer des pages web, a connu quelques
évolutions. Au début principalement utilisé pour afficher du texte, il a, au fur et à mesure de ses versions,
intégré de nouveaux éléments. Comme par exemple les images, les tableaux, etc. Nous en sommes actuellement à
la 4ième version de HTML. Et la 5ième, donc, propose entre autres de standardiser l'intégration des vidéos.
Le mot clef, ici, c'est "standardiser". Parce qu'on peut déjà lire de la vidéo avec HTML 4, mais en passant
par un plugin. C'est à dire en utilisant un programme annexe, qui se greffe sur le navigateur. Et des plugins
qui lisent des vidéos, il en existe à la pelle. Le problème, c'est que chacun de ces plugins lit des formats
différents. Il n'y a donc aucun standard. L'idée est donc de définir un standard qui serait intégré directement
dans les navigateurs. Les deux principaux avantages sont :
- plus besoin d'installer de plugin pour lire les vidéos qui sont sur les pages web
- les webmasters qui veulent intégrer une vidéo sur une page n'auront plus à se soucier
de savoir si l'internaute a ou non installé le plugin qui va bien.
Sauf que lorsqu'il s'agit de désigner un standard pour la vidéo, les choses se compliquent un peu. Non
qu'il s'agisse d'une barrière technologique. Intégrer de la vidéo dans les pages web, on sait faire. Le
problème, c'est de réussir à mettre tout le monde d'accord sur la manière de procéder. Une vidéo, on veut
pouvoir la lire, la mettre en pause, l'arrêter, la positionner, etc. La définition des interactions possibles
n'est pas en soi un casse-tête insurmontable. Les choses deviennent par contre beaucoup plus compliquées
lorsqu'il s'agit de choisir le format vidéo (l'encodage) qui deviendra le standard du web.
Une première mouture de HTML 5 indiquait que la norme vidéo sur le web serait désormais d'utiliser le
format Ogg (Theora/Vorbis). L'idée était simple. Theora est un codec non seulement performant, mais aussi
ouvert et sans brevet. À première vue, c'était donc le candidat idéal pour être intégré à HTML, dont les
spécifications sont bien entendues ouvertes. Cette annonce a malgré tout déclenché une levée de boucliers
de la part de certains navigateurs. Apple, par exemple, intègre déjà largement un autre format, le H264,
dans Quicktime, Safari... Et refuse catégoriquement d'utiliser le Ogg. Car Apple, c'est aussi Ipod. Et les
puces Ipod ne lisent pas le Ogg. Enfin, on peut bidouiller un Ipod au niveau logiciel pour y installer un
lecteur Ogg, mais dans ce cas la lecture est donc logicielle, et non matérielle (cet argument a aussi été soulevé par
Nokia, qui met en garde contre l'absence de prise en charge du Ogg au niveau des puces pour ses mobiles).
Puis Google s'en est aussi mélé. Parce que google, c'est Chrome, mais aussi Youtube. Google a toutefois été
plus nuancé dans ses propos. À H264, il oppose le prix de la licence. H264 possède des brevets logiciels.
Les navigateurs qui voudront l'intégrer devront donc s'aquiter d'une licence que Google refuse de payer
pour la version gratuite de Chrome. Par contre, Google doute des performances du Ogg pour son site Youtube
et serait plus enclin à parier sur le H264 en termes d'efficacité...
A l'opposé, on trouve Firefox et Opéra, qui soutiennent énergiquement le format Ogg. Pour Firefox,
l'argument principal est bien sûr le fait qu'Ogg soit open source. Les standards du web sont ouverts
et à vrai dire, ce serait une catastrophe qu'ils ne le soient pas. C'est cette ouverture, entre autres,
qui garantit un réseau neutre. Et de la neutralité du réseau dépend la liberté d'expression des internautes.
Introduire un format non libre dans les spécifications du web serait donc une grave erreur. Quant à Opéra,
il refuse de payer une licence qu'il trouve scandaleuse concernant l'utilisation du H264. Cet argument du
prix de la licence est aussi soutenu par Firefox et Chrome.
A noter aussi l'indifférence totale de Microsoft, qui ne semble pas intéressé du tout pour intégrer cette
balise vidéo dans Internet Explorer.
... Bon
Et maintenant, on fait quoi ?
Que les arguments avancés d'un coté comme de l'autre soient ou non valables, il n'en reste pas moins qu'aucun
consensus n'a pu être trouvé concernant le codec à utiliser. Et la section, dans HTML 5, qui définissait le
codec, a donc été supprimée. La balise vidéo reste (ainsi que les actions qui lui sont associées: lecture, pause, etc), mais le choix du codec n'est pas fixé. L'approche, faute
d'accord, consiste donc maintenant à attendre... et à voir si un codec finira par s'imposer de lui-même. Et
on peut alors imaginer plusieurs évolutions :
- Ogg évolue, devient non seulement plus performant (pour Google et Youtube) mais son traitement devient
aussi possible de manière intégrée, directement dans les puces (mobiles / lecteurs portables...)
- Les brevets sur le H264 finissent par tomber (pas avant une ou deux décennies)
En attendant, et bien c'est le retour, pratiquement, à la case départ. Car un webmaster qui voudra être sûr
que ses vidéos soient visibles d'un maximum d'internautes a donc encore de grandes chances... d'opter pour
Flash.
A voir sur le sujet (en anglais) :
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