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  • Chronique: l' archipel - People Ignore who I Am

    Posté le Mercredi 01 avril 2009 @ 19:41:50 par collegue

    CHRONIQUE : PEOPLE IGNORE WHO I AM – L’ACHIPEL
    par Yöme


    Aux confluents du lounge, de l’ambiant et du rock psychédélique des années 60-70, se trouve un artiste français atypique et éclectique, un homme orchestre « all in one » opérant seul depuis 20 ans dans son home studio, au milieu de ses synthés et autres ordinateurs et, depuis peu, une guitare folk. Difficile dans ses conditions de se faire un nom, il a donc choisi ce pseudo de People Ignore Who i Am, rappelant sa condition d’ermite sonore égocentrique, comme il se définit lui-même, divaguant au gré des lames de fond de sa propre culture musicale, mais dans l’ignorance de tous, du moins jusqu’alors.

    Oui mais voilà, la musique de demain, est LIBRE, du moins elle tend à le devenir. Et les expressions diverses et (parfois a)variées peuvent enfin s’exprimer aux oreilles du monde, -de plus en plus volatiles avec l’avènement de l’internet- sans que des producteurs et autres distributeurs de renom ne puissent y faire quoi que ce soit. L’’expression de « tous » devient possible, sans que le formatage et la sélection n’éliminent les sensibilités diverses pour coller aux désirs pré- mâchés d’organes auditifs ayant, au fil des ans, (aidé en ça par les FM et autres majors), perdu le sens même des vibrations acoustiques véritables, sincères et sources d’émotion pure…

    Ainsi People Ignore who i Am (P.I.A), livre à nos esgourdes son tout dernier opus “L’archipel” sur un schéma labyrinthique oscillant entre des genres musicaux à la fois divers et complémentaires, un « milk-shake » que bien des musiciens ont osés, que de rares artistes ont transcendés.





    Le rapprochement le plus symptomatique semble être Peter Gabriel, l’une des influences majeures de P.I.A. … A ce jeu là, l’archange s’impose en maître incontesté. Pourtant P.I.A. tient aisément la comparaison.

    Aux sonorités électroniques suffisamment bien léchées pour ne jamais sonner creux (assez rare pour être souligné), P.I.A. adapte des riffs de guitares que ne renierai pas David Gilmour, (et pourtant les guitares lead ne sont que samples et autres guitares virtuelles… !) des variations rythmiques faisant sonner, tantôt rock, tantôt somatique, tantôt tribal, … des lignes de piano jazzy… en passant par une multitude de genres musicaux, et ce à l’intérieur d’une même plage. Et c’est surement de là que vient la substance profonde de l’œuvre de notre artiste injustement ignoré jusqu’alors…

    Venons-en à l’album en lui-même.
    L’exploration est incessante. La construction oublie le schéma classique de la musique contemporaine s’appuyant sur une temporalité et un espace évolutifs, plus en rapport avec le déroulement d’une vie en elle-même, définie, par essence, par l’espace et le temps.

    L’ouverture sur le titre éponyme de l’album rappelle un peu les ambiances de Deep Forest auxquelles s’ajoutent une succession fluide de thèmes ayant pour dénominateur commun l’atmosphère qui s’en dégage. Les guitares cristallines « Floydiennes », la basse funky, le piano jazzy… L’accroche évoque clairement l’éveil des sens, la chlorophylle, la rosée du petit matin printanier en région forestière…

    Changement de décor pour le Tristan livré en pâture à nos oreilles sur la seconde plage de l’album. Une rythmique entre reggae et musique cubaine, qui n’est pas sans rappeler Manu Chao dans ses débuts en solo. Le climat se fait plus désertique et chaud.

    Isle dernière
    , tempo plus rapide, sonorités plus électroniques, les basse et batteries rappelant les BO d’Eric Serra. Les orgues et guitares, eux, sonnent encore et toujours comme ceux du tandem Gilmour/Wright, pas étonnant de voir pointer Pink Floyd dans les influences majeures de l’artiste.

    Le climat d’Alboran, onirique à souhait, nous mène aux nocturnes du bord de mer, peut être en Bretagne, les flots, scintillants du reflet des étoiles et balayés par les lueurs d’un phare aux lointains. Le rêve, par une transition quasi-imperceptible, vire progressivement au cauchemar de Kerguelen. Le ciel s’est obscurcit, le reflet des étoiles s’est estompé, le phare est loin, le bord de mer aussi… Le courant nous entraîne, l’auditeur n’est alors plus spectateur omniscient, émerveillé par les décors de l’auteur. Il est devenu, avec ce titre, l’acteur principal dérivant, cherchant son souffle aux milieux des eaux glacées… Un tour de force de la part de PIA que d’englober l’auditeur, dans son scénario.

    La desirade nous sort de la torpeur, avec des tempos et sonorités dynamiques rappelant le « Barry Williams Show » de Peter Gabriel, autre monument d’inspirations profondes dont s’est nourri l’artiste.
    Vous connaissez cette sensation de respirer à nouveau, au réveil, sortant d’un rêve haletant, voir suffoquant… C’est un peu le ressentiment à l’écoute de ce morceau.

    Ekarma. Un titre tenant dans ses contre-temps systématiques. La mélodie fera sans doute penser à Supertramp et au rock progressif 80/90’s d’un autre artiste libre, Derek. Un morceau « respiration » peut être moins intéressant.

    S’en suit Terre de feu. L’intro met (enfin) la guitare sèche en avant, pour lancer un blues à tendances jazzy, se développant dans la longueur. La mélodie aurait d’ailleurs pu être extraite des bandes démos du Pink Floyd des années 90. Petit bémol en ce qui concerne les lead guitars … Ici la technicité semble tellement maitrisée, qu’el le perd le naturel magnifiquement recréé par les machines de P.I.A. jusqu'à présent.

    Nicobar, au rythme effréné et labyrinthique, un « On the run » remis au goût du jour et transporté au en une civilisation, un climat tout autre. Ce titre nous replace dans le voyage à proprement parlé. Peut être même que l’on réalise à quel point les deux derniers titres ont été quelques errances, bien lointaines de ce que proposait le début de l’album dont on retrouve l’essence même dès que commence celui-ci.

    Lofoten. Cette guitare à la reverb’ très lointaine et la douceur de la mélodie rappelle les sonorités de l’endormissement. Les thèmes s’enchainent, rythmés par une sorte de gong intermittent. La progression est lente très lente, et pourtant le voyage semble s’accélérer. L’impression est étrange, la perte des repères nous désoriente… L’artiste nous a complètement pris… Ensorcellement ? Envoutement ? Peut-être qui sait…

    Heard débute au piano, comme une ballade de Coldplay, on entendrait presque la voix de Chris Martin au début de chaque nouvelle phrase musicale. Des repères il n’y en a plus. Nous sommes en plein cœur de l’immensément grand, un vide spatio-temporel, un univers extra-atmosphérique… L’étirement en longueur laisse apparaître à chaque instant de nouveaux sons à percevoir dans le champ stéréo. Peut être est-ce tout de même un petit peu trop… Ca se discute.

    Ventotene s’écarte diamétralement de l’ambiance posée par l’ensemble Lofoten/Heard. Retour en milieu tellurique et connu. Ce morceau, d’évidente inspiration Floydienne (album Animals) sur son début, est plus rock dans sa conception, avant de sombrer à nouveau dans les méandres labyrinthiques. Ce que le compositeur n’a pas encore dit, c’est qu’il sait aussi écrire… Arrivé depuis peu dans le collectif RSR, il propose aux membres de poser leur voix en déclamant un texte. Laurent Sartore (du groupe rock Otis) répond à l’appel. L’effet est assez intéressant, qui fait penser par moment au dernier album de Noir désir, de par le timbre de voix, le texte en allitérations permanentes. A d’autres moments, on retrouve le phrasé (et c’est encore plus étonnant) d’MC Solaar. On n’aurait pas imaginé « la voix » d’Otis, posée ainsi et sur un tel style musical… Preuve s’il en fallait encore que les collaborations, que le Libre, permet et encourage, des initiatives intéressantes et enrichissantes pour tous. 


    On peut lire ça est là sur le web, des louanges au sujet de la poésie musicale tout en couleurs, invitant au voyage que nous propose cet artiste de la Marne. Il suffit de poser une oreille neuve sur « l’Archipel » pour se délecter de tant de finesse mélodique.

    Un album effervescent donc, qui semble pouvoir soigner tout les maux, rien que par la richesse du voyage en introspection que nous propose de faire son auteur.
    P.I.A distille son voyage par voies sensitives, le fluide pénétrant l’oreille, gagnant vite le réseau veineux et musculaire jusqu’à faire frissonner les chaires.
    Mais il ne livre pas les clés, (l’atout du tout instrumental), tout un chacun fait alors sa propre expérience au fil des rêveries proposées par l’artiste qui devient par la même un artisan du son et des émotions. N’est-ce pas là la vraie richesse de l’art musical ???

    Yôme, mars 2009

    Note du staff rsr: merci à yöme pour cette excellente chronique et avec plaisir pour d' autres...ou d' autres choses.

    LIENS UTILES :

    >réagir sur le forum

    > Site de People Ignore who i Am (discographie / materiel …)
    > People Ignore who I Am sur
    RSR





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