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CHRONIQUE : PEOPLE IGNORE WHO I AM
– L’ACHIPEL
par Yöme
Aux confluents du lounge, de l’ambiant et du
rock psychédélique des années 60-70, se trouve un artiste français
atypique et éclectique, un homme orchestre « all in one »
opérant seul depuis 20 ans dans son home studio, au milieu de ses
synthés et autres ordinateurs et, depuis peu, une guitare folk.
Difficile dans ses conditions de se faire un nom, il a donc choisi ce
pseudo de People Ignore Who i Am, rappelant sa condition d’ermite
sonore égocentrique, comme il se définit lui-même, divaguant au
gré des lames de fond de sa propre culture musicale, mais dans
l’ignorance de tous, du moins jusqu’alors.
Oui mais voilà, la musique de demain,
est LIBRE, du moins elle tend à le devenir. Et les expressions
diverses et (parfois a)variées peuvent enfin s’exprimer aux
oreilles du monde, -de plus en plus volatiles avec l’avènement de
l’internet- sans que des producteurs et autres distributeurs de
renom ne puissent y faire quoi que ce soit. L’’expression de
« tous » devient possible, sans que le formatage et la
sélection n’éliminent les sensibilités diverses pour coller aux
désirs pré- mâchés d’organes auditifs ayant, au fil des ans,
(aidé en ça par les FM et autres majors), perdu le sens même des
vibrations acoustiques véritables, sincères et sources d’émotion
pure…
Ainsi People Ignore who i Am (P.I.A),
livre à nos esgourdes son tout dernier opus “L’archipel” sur
un schéma labyrinthique oscillant entre des genres musicaux à la
fois divers et complémentaires, un « milk-shake » que
bien des musiciens ont osés, que de rares artistes ont transcendés.
Le rapprochement le plus symptomatique
semble être Peter Gabriel, l’une des influences
majeures de P.I.A. … A ce jeu là, l’archange s’impose en
maître incontesté. Pourtant P.I.A. tient aisément la comparaison.
Aux sonorités électroniques
suffisamment bien léchées pour ne jamais sonner creux (assez rare
pour être souligné), P.I.A. adapte des riffs de guitares que ne
renierai pas David Gilmour, (et pourtant les guitares
lead ne sont que samples et autres guitares virtuelles… !) des
variations rythmiques faisant sonner, tantôt rock, tantôt
somatique, tantôt tribal, … des lignes de piano jazzy… en
passant par une multitude de genres musicaux, et ce à l’intérieur
d’une même plage. Et c’est surement de là que vient la
substance profonde de l’œuvre de notre artiste injustement ignoré
jusqu’alors…
Venons-en à l’album en
lui-même.
L’exploration est incessante. La construction oublie
le schéma classique de la musique contemporaine s’appuyant sur une
temporalité et un espace évolutifs, plus en rapport avec
le déroulement d’une vie en elle-même, définie, par
essence, par l’espace et le temps.
L’ouverture sur le titre éponyme de
l’album rappelle un peu les ambiances de Deep Forest
auxquelles s’ajoutent une succession fluide de thèmes ayant pour
dénominateur commun l’atmosphère qui s’en dégage. Les
guitares cristallines « Floydiennes », la
basse funky, le piano jazzy… L’accroche évoque clairement
l’éveil des sens, la chlorophylle, la rosée du petit matin
printanier en région forestière…
Changement de décor pour le Tristan
livré en pâture à nos oreilles sur la seconde plage de l’album.
Une rythmique entre reggae et musique cubaine, qui n’est pas sans
rappeler Manu Chao dans ses débuts en solo. Le climat se fait plus
désertique et chaud.
Isle dernière, tempo plus
rapide, sonorités plus électroniques, les basse et batteries
rappelant les BO d’Eric Serra. Les orgues et guitares, eux, sonnent
encore et toujours comme ceux du tandem Gilmour/Wright,
pas étonnant de voir pointer Pink Floyd dans les influences
majeures de l’artiste.
Le climat d’Alboran, onirique
à souhait, nous mène aux nocturnes du bord de mer, peut être en
Bretagne, les flots, scintillants du reflet des étoiles et balayés
par les lueurs d’un phare aux lointains. Le rêve, par une
transition quasi-imperceptible, vire progressivement au cauchemar de
Kerguelen. Le ciel s’est obscurcit, le reflet des étoiles
s’est estompé, le phare est loin, le bord de mer aussi… Le
courant nous entraîne, l’auditeur n’est alors plus spectateur
omniscient, émerveillé par les décors de l’auteur. Il est
devenu, avec ce titre, l’acteur principal dérivant, cherchant son
souffle aux milieux des eaux glacées… Un tour de force de la part
de PIA que d’englober l’auditeur, dans son scénario.
La desirade nous sort de la
torpeur, avec des tempos et sonorités dynamiques rappelant le
« Barry Williams Show » de Peter Gabriel,
autre monument d’inspirations profondes dont s’est nourri
l’artiste.
Vous connaissez cette sensation de respirer à
nouveau, au réveil, sortant d’un rêve haletant, voir suffoquant…
C’est un peu le ressentiment à l’écoute de ce morceau.
Ekarma. Un titre tenant dans ses
contre-temps systématiques. La mélodie fera sans doute penser à
Supertramp et au rock progressif 80/90’s d’un autre
artiste libre, Derek.
Un morceau « respiration » peut être moins intéressant.
S’en suit Terre de feu.
L’intro met (enfin) la guitare sèche en avant, pour lancer un
blues à tendances jazzy, se développant dans la longueur. La
mélodie aurait d’ailleurs pu être extraite des bandes démos du
Pink Floyd des années 90. Petit bémol en ce qui concerne les lead
guitars … Ici la technicité semble tellement maitrisée, qu’el
le perd le naturel magnifiquement recréé par les machines de P.I.A.
jusqu'à présent.
Nicobar, au rythme effréné et
labyrinthique, un « On the run » remis au goût du
jour et transporté au en une civilisation, un climat tout autre. Ce
titre nous replace dans le voyage à proprement parlé. Peut être
même que l’on réalise à quel point les deux derniers titres ont
été quelques errances, bien lointaines de ce que proposait le début
de l’album dont on retrouve l’essence même dès que commence
celui-ci.
Lofoten. Cette guitare à la
reverb’ très lointaine et la douceur de la mélodie rappelle les
sonorités de l’endormissement. Les thèmes s’enchainent, rythmés
par une sorte de gong intermittent. La progression est lente très
lente, et pourtant le voyage semble s’accélérer. L’impression
est étrange, la perte des repères nous désoriente… L’artiste
nous a complètement pris… Ensorcellement ? Envoutement ?
Peut-être qui sait…
Heard débute au piano, comme
une ballade de Coldplay, on entendrait presque la voix
de Chris Martin au début de chaque nouvelle phrase
musicale. Des repères il n’y en a plus. Nous sommes en plein cœur
de l’immensément grand, un vide spatio-temporel, un univers
extra-atmosphérique… L’étirement en longueur laisse apparaître
à chaque instant de nouveaux sons à percevoir dans le champ stéréo.
Peut être est-ce tout de même un petit peu trop… Ca se discute.
Ventotene s’écarte
diamétralement de l’ambiance posée par l’ensemble
Lofoten/Heard. Retour en milieu tellurique et connu. Ce
morceau, d’évidente inspiration Floydienne (album Animals) sur son
début, est plus rock dans sa conception, avant de sombrer à nouveau
dans les méandres labyrinthiques. Ce que le compositeur n’a pas
encore dit, c’est qu’il sait aussi écrire… Arrivé depuis peu
dans le collectif RSR,
il propose aux membres de poser leur voix en déclamant un texte.
Laurent Sartore (du groupe rock Otis)
répond à l’appel. L’effet est assez intéressant, qui fait
penser par moment au dernier album de Noir désir, de par le timbre
de voix, le texte en allitérations permanentes. A d’autres
moments, on retrouve le phrasé (et c’est encore plus étonnant)
d’MC Solaar. On n’aurait pas imaginé « la voix »
d’Otis, posée ainsi et sur un tel style musical…
Preuve s’il en fallait encore que les collaborations, que le Libre,
permet et encourage, des initiatives intéressantes et enrichissantes
pour tous.
On peut lire ça est là sur le web,
des louanges au sujet de la poésie musicale tout en couleurs,
invitant au voyage que nous propose cet artiste de la Marne. Il
suffit de poser une oreille neuve sur « l’Archipel »
pour se délecter de tant de finesse mélodique.
Un album
effervescent donc, qui semble pouvoir soigner tout les maux, rien que
par la richesse du voyage en introspection que nous propose de faire
son auteur.
P.I.A distille son voyage par voies
sensitives, le fluide pénétrant l’oreille, gagnant vite le
réseau veineux et musculaire jusqu’à faire frissonner les
chaires.
Mais il ne livre pas les clés, (l’atout du tout
instrumental), tout un chacun fait alors sa propre expérience au fil
des rêveries proposées par l’artiste qui devient par la même un
artisan du son et des émotions. N’est-ce pas là la vraie richesse
de l’art musical ???
Yôme, mars 2009
Note du staff rsr: merci à yöme pour cette excellente chronique et avec plaisir pour d' autres...ou d' autres choses.
LIENS UTILES :
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Site
de People Ignore who i Am
(discographie / materiel …)
> People Ignore who I Am sur RSR
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